Chandeleur

Quarante jours après Noël, le 2 Février, est fêtée la Chandeleur, la fête de la Présentation au Temple et la fête des consacrés. Le vieux et juste prophète Syméon reconnut au temple de Jérusalem, dans le petit enfant Jésus présenté par ses parents Marie et Joseph, le Seigneur, le Sauveur, la lumière qui se révèle au monde.

2020, le 2 février est un dimanche, la messe dominicale illuminée de chandelles fut baignée de lumière, et, comme les flammes, nos chants s’élevaient vers la ciel. Gaston Bachelard a écrit que la flamme est un sablier qui coule vers le haut. Cette verticalité de la flamme élève l’âme et inverse le temps, qui devient celui du rêve et de la méditation.

Ce midi nous avons déjeuné aux chandelles, le temps gris éteint à la fenêtre favorisait la chaude lumière sur la table. Bonheur. Nous allumons les chandelles et celles-ci allument nos yeux.

De l’ormeau

Mon cher mari m’a invitée au restaurant pour déguster des ormeaux. A l’Ile Tudy face à la mer, petite auberge du paradis. Il avait passé la commande au chef, car ce coquillage est rare, et donc coûteux, il est pêché à pied ou en plongée, il demande une préparation spéciale, la chair, très ferme, doit être attendrie, par trempage dans du lait, et/ou, de manière plus radicale, à coups de marteau. Par bonheur le chef a pu nous satisfaire.

Le plat fut délicieux. L’autre nom de l’ormeau est haliotide qui veut dire oreille de la mer. Qu’ont-elles entendu ces oreilles nacrées, en se promenant au fond de la mer entre chaque repos sur leurs rochers ? Que m’ont-elles dit à leur tour ?

Elles m’ont dit un moment chaleureux avec mon chéri,

elles m’ont dit la beauté de la création

elles m’ont dit la saveur, le bonheur

et je dis merci !

Un écart

Avec ce bouquet de roses et de fleurs de rhododendron (de mon jardin, le rhodo !) que j’ai installé pour cette semaine sous la statue de la Vierge Marie à l’église, je tente de présenter un livre d’une dame qui me devient chère, Françoise Louise Demorgny. Son petit livre, paru en 2018 chez Elise Sauvage, s’intitule Un écart.

Il existe en effet un écart d’un demi-siècle entre le début et la fin de ce récit : l’enfance dans un village des Ardennes françaises à la frontière belge, l’adolescence, puis le retour sur ce lieu chargé de souvenirs cinquante ans plus tard, quand tout a changé, quand soi-même on est devenu étranger à son pays natal.

Etrange, il n’y a pas d’écart entre le temps de ma lecture cette semaine et celui des premiers mots du livre, le récit commence à l’église, le dimanche de la Présentation au Temple, et dimanche prochain est précisément celui de la Présentation au Temple. La famille de Françoise arrive à la messe, la maman tient à y être à l’heure, de préférence en avance, car, dit-elle, Dieu premier servi. Etrange hasard aussi, ce matin, au caté avec les enfants (je suis catéchiste) une autre dame caté nous apprend que la devise de Jeanne d’Arc est Dieu premier servi.

Les mots de Françoise Louise Demorgny m’émeuvent toujours autant, son style très personnel, ses listes de vocabulaire, on appelle ça, je crois, champ lexical, qui ouvrent sur tant de souvenirs, de sensations … je lui dis merci pour sa lumière.

Daffodils

Vents mugissants, pluies torrentielles, jardin bourbeux, grêle cinglante, et puis les voilà, nées dans la tourmente, nourries d’intempéries, qui percent la grisaille et illuminent la pelouse, les impertinentes jonquilles !

Elles danseront bientôt par milliers dans la brise, comme les décrivit William Wordsworth en 1815, elles nous égaient malgré le temps capricieux, et j’ai plaisir à citer ce poète anglais :

[…]

Car souvent, quand je m’allonge dans mon lit,
L’esprit rêveur ou pensif,
Elles viennent illuminer ma vie intérieure
Qui est la béatitude de la solitude ;
Et mon cœur alors, s’emplit de plaisir
Et danse avec les jonquilles.

écouter ici : https://www.franceculture.fr/emissions/poeme-du-jour-avec-la-comedie-francaise/william-wordsworth-les-jonquilles-poemes

Dès janvier, elles ne prétendent pas annoncer le printemps, mais bravent l’hiver de leur fraîche insolence. Elles ajoutent leur soleil à celui du mimosa. Le jardin fait son carnaval !

En blanc et noir

Ils étaient amusants, ces deux oiseaux, comme deux princes sur leur rocher, le blanc et le noir, la mouette et le cormoran, entre l’écume et le ciel menaçant. Une éclaircie, un clin d’oeil dans l’incertain du temps.

Lundi, la pluie revient, froide, raide, bruyante, elle n’entraîne pas au travail, aux tâches ménagères, au taf de faf, envie de lecture dans le halo chaleureux de la lampe de chevet …

Le 30 Février

Aux dernières nouvelles est annoncée la conférence de financement en vue de la réforme des retraites pour le 30 février prochain. Le gouvernement veut aller vite, dit le journaliste, et il répète plusieurs fois « le 30 février ».

Qui va trop vite ? Le gouvernement, qui ajoute un jour au mois de février déjà rallongé en 2020 pour expédier le dossier avant mars ? Ou le journaliste qui n’a pas pris le temps de vérifier son information ?

Ce jour nouveau, le 30 février, s’inscrira de toutes façons dans le carême (temps de couleur violette), donc empreint de sagesse, d’altruisme et d’humilité, tout ce qu’il faut pour bien réformer !

La boîte de petits pois

Quel plaisir de redécouvrir toute la saveur des petits pois en conserve ! C’est pour nous maintenant le légume tout prêt, économique, banal, bien pratique à réchauffer quand on n’a pas eu le temps de cuisiner un légume frais. Quant à son goût, bof, bof, on ne s’extasie pas, la boîte de petits pois est utile parce qu’il faut au moins consommer cinq fruits et légumes par jour, et encore, je ne suis pas sûre que la conserve entre dans ce compte.

Mais quand on a passé son enfance dans un pays communiste, par exemple à Vilnius dans les années quatre-vingt, dans la Lituanie appartenant à l’Urss, la boîte de petits pois était un luxe inaccessible et il fallait vraiment ruser pour en obtenir une. La chanteuse GiedRé raconte ainsi son enfance, à travers des dessins très touchants de Holly R, d’une manière délicieuse, pleine d’humour et de tendresse. J’ai dévoré ces petits pois et les recommande vivement au menu de nos lectures !

Jaune mimosa

Il tient ! ne fane pas ! mon bouquet de mimosa garde son volume, sa fraîcheur, sa libre fantaisie depuis plusieurs jours ! Je n’ai pourtant rien fait de particulier pour le mettre dans un vase. C’est l’arbre qui est peut-être … transgénique, bouquet-compatible, pour composition florale durable ! Cet arbre est en effet jeune encore dans notre jardin, nous l’avons planté il y a trois ans, ses fleurs sont particulièrement volumineuses, vaporeuses, mousseuses, cependant moins odorantes que celles des autres mimosas plus anciens, plus sauvages, plus fragiles.

Le mimosa évolue apparemment comme le sapin de Noël, ses variétés nouvelles sont somptueuses, durables au salon, et peu parfumées. Mais dans tous les cas il reste jaune, du jaune le plus lumineux, le plus pur, le plus joyeux qui soit !

Une chambre à soi

Cette semaine, j’ai participé à une réunion de couturières à la maison paroissiale, pour coudre du linge liturgique. Les trousseaux de nos églises ont besoin d’être rénovés ! A cette occasion j’ai appris de nouveaux mots : la manuterge, le corporal, le purificatoire, pièces de linge qui ont des dimensions précises. Une dame parmi nous nous a dit qu’elle n’a pas de pièce dans la maison pour coudre tranquillement et qu’elle doit tout ranger après son travail. D’autres ont reconnu la chance et la nécessité d’avoir une pièce personnelle pour tout le fouillis des travaux d’aiguilles. Nous sommes bien comme Virginia Woolf, notre outil n’est certes pas un stylo, mais entre texte et textile il y a si peu de différence, et nous connaissons bien l’utilité d’avoir une chambre à soi(e !) .

Une chose est sûre, je mourrai avant d’avoir cousu tous mes coupons !

Visa Transit

1986, une vieille Citroën Visa, deux jeunes hommes en vadrouille.

Le dessinateur de ce roman graphique, Visa Transit, éd. Gallimard, Nicolas de Crécy, raconte le voyage hasardeux qu’il entreprit avec son cousin à bord de la Visa donnée par leur tante. Ils restaurent la vieille voiture, l’aménagent pour un long périple en la remplissant de leurs inséparables bouquins aussi encombrants qu’inutiles et partent pour l’aventure vers l’Est, jusqu’en Turquie si leur Visa le veut bien.

C’était en 1986, après l’accident de Tchernobyl, aux derniers temps du communisme de l’Europe de l’Est, à la veille de la guerre des Balkans, sans téléphone portable, sans internet, sans GPS, sans carte mémoire pouvant engranger des milliers de photos, une époque si lointaine aujourd’hui … c’était au siècle dernier. Les jeunes voyageurs insouciants se souviennent, et j’ai bien ri parfois de leurs anecdotes. La mémoire s’exerce, reconstruit le passé et nous façonne, en nous révélant notre propre identité. Tiens, tiens, il y a quelque chose de proustien ici ! Ce livre est le volume 1, j’attends la suite !